La CNIL a publié son rapport annuel le 18 mai 2026.
Le message est sans ambiguïté : le contrôle s’intensifie, les sanctions atteignent un niveau inédit, et la sécurité des données s’impose comme la priorité dominante de la régulation.
Nous proposons ci-dessous une lecture sélective de ce bilan, centrée sur les enseignements principaux, et les actions prioritaires pour 2026.
L’année 2025 se lit en trois records : le nombre de plaintes, le montant des amendes et le nombre de notifications de violations de données.
La CNIL a reçu un nombre record de plaintes, plus de 20 000, soit une hausse d’environ 10 % sur un an, portant principalement sur les traitements liés au travail, au commerce, à l’immobilier et aux réseaux sociaux.
Le montant cumulé des amendes atteint près de 487 millions d’euros, contre 55 millions en 2024 ; un quasi-décuplement qui s’explique pour l’essentiel par deux décisions.
En données brutes, la CNIL a reçu 17 802 notifications de violations de données personnelles, mais a volontairement écarté deux incidents massifs touchant deux éditeurs de solutions (l’un en conseil patrimonial, l’autre en santé libérale) qui avaient à eux seuls généré plus de 11 600 notifications de la part de leurs clients responsables de traitement. Le chiffre retenu est donc de 6 167 violations, soit une hausse de 9,5 % en 2025.
La CNIL confirme une tendance : le piratage demeure la première cause (la moitié des cas), devant l’envoi de données à un mauvais destinataire, le vol ou la perte de matériel, et la publication non intentionnelle d’informations.
Deux décisions prononcées le 1er septembre 2025, toutes deux relatives au non-respect des règles sur les cookies, concentrent l’essentiel du montant total : 325 millions d’euros à l’encontre de Google et 150 millions à l’encontre de Shein. Dans les deux cas, la CNIL a relevé le dépôt de traceurs publicitaires (et l’affichage d’annonces publicitaires pour Google) sans recueil valable du consentement et un défaut d’information des utilisateurs.
Au-delà de ces deux affaires, le rapport souligne que les sanctions visent des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs : aucune structure ne peut se considérer hors du champ d’intervention de l’Autorité.
Un élément renforce la portée de ces décisions : en 2025, le Conseil d’État a confirmé 97,5 % des décisions de la CNIL qui étaient contestées.
La Présidente de la CNIL tire trois enseignements des notifications reçues, qui résument la doctrine de l’autorité : « personne n’est épargné ; les violations sont de plus en plus massives ; elles impliquent souvent un prestataire ».
La chaîne de sous-traitance est ainsi explicitement désignée comme un maillon faible. Le rapport rappelle d’ailleurs les obligations propres aux sous-traitants : mise en œuvre de mesures de sécurité adéquates, traitement sur la seule instruction du responsable, suppression des données en fin de relation contractuelle.
Les mesures attendues par la CNIL sont très concrètes :
2025 marque un tournant pour la CNIL en matière d’IA. Elle est désignée autorité de contrôle des usages d’IA interdits au titre du règlement européen et devrait, sous réserve de confirmation parlementaire, devenir autorité de surveillance du marché pour une large part des systèmes à haut risque, notamment dans les domaines de la biométrie, de l’emploi, de la migration, des usages répressifs et de l’éducation.
Pour accompagner les acteurs, la CNIL a finalisé treize fiches pratiques couvrant l’ensemble des étapes du développement d’un système d’IA, assorties d’une liste de vérifications, et a précisé les conditions de recours à l’intérêt légitime comme base légale. Les organisations qui développent ou déploient des solutions d’IA traitant des données personnelles doivent intégrer ces référentiels dès maintenant dans leur gouvernance et leurs analyses d’impact, à l’articulation du RGPD et du règlement IA.
La cybersécurité est érigée en priorité absolue : dans le communiqué accompagnant la publication du rapport, la CNIL annonce qu’elle consacrera, en 2026, la moitié de ses contrôles à la sécurité des données, sur le fondement de l’article 32 du RGPD, articulé avec la directive NIS2 pour les secteurs critiques.
Elle agira en lien avec l’ANSSI et, pour les suites pénales, avec le parquet « cyber » de Paris. Les contrôles viseront en priorité les organismes concernés par une violation ou des plaintes, ainsi que les secteurs traitant massivement des données, y compris sensibles ou hautement personnelles.
À cette priorité transversale s’ajoutent les thématiques de contrôle sectorielles annoncées le 3 avril pour 2026, qui dessinent les zones de risque à surveiller :
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Jeannie Mongouachon, avocate associée et Juliette Lobstein, avocate collaboratrice chez Squair
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