Publiée au Journal officiel le 27 mai 2026, la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 dite « de simplification de la vie économique » comporte, dans son titre X consacré au commerce, la réforme la plus significative du statut des baux commerciaux depuis la loi Pinel de 2014. Tour d'horizon des mesures qui concernent, au premier chef, les locaux de commerce et des questions qu'elles posent déjà.
L'esprit du texte est clairement affiché : rééquilibrer la relation entre bailleur et preneur, en allégeant la charge de trésorerie qui pèse sur les commerçants. La plupart des mesures visent les locaux affectés à une activité de commerce de détail ou de gros, ou à des prestations de services à caractère commercial ou artisanal. Les bureaux à usage exclusif et les entrepôts restent, pour l'essentiel, en dehors du dispositif.
La mensualisation du loyer devient un droit. Le preneur d'un local éligible peut désormais exiger de régler son loyer mois par mois, alors que le paiement trimestriel d'avance demeure l'usage dominant des baux commerciaux. La demande prend effet à l'échéance suivante et s'impose au bailleur, sous une réserve : l'absence d'arriérés de loyer ou de charges non contestés. La règle est d'ordre public et s'applique, depuis l'entrée en vigueur de la loi, y compris aux baux en cours. Le texte reste toutefois silencieux sur plusieurs points pratiques, notamment les modalités de facturation et le sort des provisions pour charges, que la pratique devra préciser.
Les garanties exigées du preneur sont plafonnées. Pour les baux conclus ou renouvelés à compter de l'entrée en vigueur de la loi, les sommes et sûretés demandées au preneur pour garantir l'exécution du bail ne peuvent excéder un trimestre de loyer. Le plafond ne se limite pas au dépôt de garantie classique : il englobe les garanties « de toute nature », ce qui inclut a priori le cautionnement du dirigeant ou la garantie autonome à première demande (GAPD).
Une incertitude importante subsiste néanmoins : ce plafond s'apprécie-t-il toutes garanties confondues, ou séparément pour le dépôt de garantie et pour les autres sûretés ? Les travaux parlementaires semblent pencher pour un plafond global, mais la rédaction demeure ambiguë.
Le dépôt de garantie doit être restitué plus vite. Le bailleur doit désormais le rendre dans un délai raisonnable, et au plus tard trois mois après la remise des clés, déduction faite des sommes justifiées qui lui restent dues. Le mécanisme se rapproche de celui du bail d'habitation et ouvre au preneur une voie d'action simplifiée en cas de rétention injustifiée. Cette règle vise les baux en cours dont la remise des clés intervient à compter du 26 août 2026, soit trois mois après la promulgation.
Les clauses « tunnel » sont expressément validées. Une clause « tunnel » encadre la variation annuelle du loyer dans une fourchette, de façon symétrique à la hausse comme à la baisse. La loi consacre désormais leur validité lorsqu'elles portent sur l'indice des loyers commerciaux (ILC) à l'exclusion de l'ILAT, applicable notamment aux bureaux. Cette validation est d'application immédiate. Sur le plan de l'analyse, elle clôt un débat : la licéité de ce type de clause au regard des règles d'indexation faisait l'objet de discussions, faute de position parfaitement stabilisée.
Le sort des garanties en cas de vente du local est précisé. Lorsque le local loué est vendu, l'obligation de restituer le dépôt est transmise au nouveau bailleur, et les autres garanties peuvent devenir caduques de plein droit ; le cédant dispose de six mois pour restituer les documents afférents et procéder aux mainlevées. Cette règle s'applique aux ventes intervenant à compter du 26 août 2026, soit trois mois après la promulgation.
Depuis la loi Pinel, le preneur commercial bénéficie, en cas de vente du local, d'un droit de préférence (article L. 145-46-1 du Code de commerce) lui permettant de se porter acquéreur en priorité. Son champ d'application prêtait à discussion. La loi tranche en excluant expressément les locaux à usage exclusif de bureau et les entrepôts.
L'interdiction faite au bailleur de refacturer la taxe foncière au preneur, un temps envisagée au cours des débats, a été écartée du texte définitif. Une proposition de loi distincte envisage toutefois de plafonner cette refacturation à hauteur de 50 % du montant de la taxe : un point à suivre.
Les dates d'entrée en vigueur sont échelonnées et plusieurs mesures atteignent déjà les baux en cours. Pour les bailleurs comme pour les preneurs, l'enjeu immédiat est le même : relire les baux et les actes de garantie au regard du nouveau cadre, anticiper les demandes de mensualisation et adapter, pour les contrats à venir, la rédaction des clauses de garantie et d'indexation.
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