La facturation électronique est obligatoire depuis le 1er septembre 2026 pour les échanges entre entreprises établies en France. Beaucoup d’entreprises abordent cette obligation sans être totalement prêtes et s’interrogent : y a-t-il un report ? Quelles amendes ? Cet article rappelle les règles de base, détaille la phase de démarrage et la tolérance mise en place par l’administration, puis répond aux questions les plus fréquentes.
La loi française rend progressivement obligatoire l’échange de factures sous forme électronique structurée entre entreprises assujetties à la TVA établies en France (relations « B2B » domestiques) : c’est le e-invoicing.
D’autre part, les entreprises doivent transmettre à l’administration fiscale, certaines données de transaction et de paiement : c’est l’e-reporting.
Règle clé : un PDF ordinaire ou une facture papier n’est pas une facture sous forme électronique. Celle-ci doit être émise, transmise et reçue via une plateforme agréée, dans un format structuré parmi les trois suivants : Factur-X, UBL ou CII.
(CGI, art. 289 bis ; norme AFNOR XP Z12-012)
(Ordonnance n° 2021-1190 du 15 septembre 2021 ; loi de finances pour 2024, art. 91 ; CGI, art. 289 bis et 290)
Le cadre réglementaire de la réforme a été finalisé cet été, qui consacre notamment la terminologie de « plateforme agréée » et le recentrage du portail public de facturation sur l’annuaire central et la collecte des données.
(Décret n° 2026-677 et arrêté du 27 juillet 2026)
Les objectifs affichés sont principalement de lutter contre la fraude à la TVA, de simplifier les obligations déclaratives (à terme, pré-remplissage de la TVA), d’améliorer la connaissance en temps réel de l’activité économique et de réduire les coûts et les délais de traitement des factures.
Le calendrier dépend de la taille de l’entreprise et distingue l’obligation de recevoir des factures électroniques de celle d’en émettre.
- Depuis le 1er septembre 2026 / Réception des factures électroniques : TOUTES les entreprises, y compris les TPE, PME et micro-entreprises
- Depuis le 1er septembre 2026 / Émission des factures électroniques + e-reporting : Grandes entreprises et ETI
- 1er septembre 2027 / Émission des factures électroniques + e-reporting : PME, TPE et micro-entreprises
À retenir pour une TPE/PME/micro-entreprise : depuis le 1er septembre 2026, vous devez pouvoir RECEVOIR des factures électroniques, même si vous n’avez l’obligation d’en ÉMETTRE qu’à partir du 1er septembre 2027.
Pour accompagner le lancement, l’administration a publié un guide pratique de démarrage qui organise une tolérance encadrée : le calendrier n’est ni reporté ni suspendu, mais la continuité de l’activité est préservée pendant la montée en charge.
(Guide pratique de démarrage, DGFiP)
Vous n’êtes d’ailleurs pas seul : au 1er septembre 2026, un tiers des entreprises du « cœur de cible » d’après le Ministère de l’Action et des Comptes publics n’avait pas encore choisi sa plateforme agréée (66 % l’ayant fait, une dynamique en forte progression depuis l’été), et plus de 4 millions d’entreprises avaient désigné leur adresse de réception.
(Communiqué de presse n° 980 du 1er septembre 2026)
Il n’y a pas de report de la facturation électronique : le calendrier s’applique.
Mais votre activité continue. La réforme modifie le canal de transmission des factures, pas les règles de fond : l’existence de l’opération, la dette commerciale, le paiement, la comptabilisation et le droit à déduction de la TVA ne sont pas remis en cause.
(Guide pratique de démarrage, DGFiP ; CGI, art. 271)
Non, la réforme est entrée en vigueur depuis le 1er septembre 2026, mais tous les flux qui ne sont pas soumis à la réforme à cette date (car le fournisseur n’est pas encore tenu d’émettre des factures au format électronique par exemple, ou parce que les opérations ne relèvent pas de l’obligation e-invoicing) doivent continuer à être émis selon le format historique.
Un simple PDF n’est plus un format conforme, mais, à titre transitoire, oui : pour ne pas bloquer l’activité, une facture reçue par courriel, PDF ou papier ne doit pas être écartée dès lors qu’elle correspond à une opération réelle et comporte les informations nécessaires.
Ce canal n’est toutefois pas la cible : lorsque vous êtes soumis à l’obligation d’émission, il est de bonne pratique de régulariser la même facture par le circuit électronique dans les meilleurs délais, notamment pour permettre la transmission des données à l’administration.
(Guide pratique de démarrage, DGFiP)
Non : aucune amende automatique n’est appliquée au démarrage de la facturation électronique. Pendant cette phase, l’administration n’applique pas de sanctions aux entreprises qui rencontrent des difficultés réelles mais sont engagées dans une trajectoire sérieuse de mise en conformité.
Le ministre de l’Action et des Comptes publics l’a confirmé dans un communiqué du 1er septembre 2026 : « aucune sanction ne sera appliquée en 2026 », le démarrage étant présenté comme « un coup d’envoi, et non une date couperet ».
Cette annonce demeure toutefois un engagement de communication et non une norme : les textes de sanction restent en vigueur, et la constitution d’un dossier de conformité demeure indispensable, notamment pour les contrôles qui porteront ultérieurement sur cette période.
(Communiqué de presse n° 980 du 1er septembre 2026)
Le calendrier reste applicable ; seuls l’inertie, l’évitement ou le maintien durable de circuits parallèles sans régularisation demeurent exposés aux sanctions de droit commun.
(Guide pratique de démarrage, DGFiP ; CGI, art. 1737 et 1788 D)
En documentant votre trajectoire de conformité : choix ou contractualisation d’une plateforme agréée, échanges avec votre éditeur ou votre expert-comptable, calendrier de raccordement et de déploiement, tests réalisés, tickets d’incident, mesures transitoires retenues et régularisations effectuées.
(Guide pratique de démarrage, DGFiP)
Par ailleurs, il est important de garder en tête que l’obligation de documentation de la piste d’audit fiable reste en vigueur malgré l’entrée en vigueur de la facturation électronique obligatoire : cette documentation doit pouvoir être présentée à tout moment, l’administration pouvant contrôler de manière inopinée les contrôles établissant la piste d’audit fiable. La période transitoire devra donc être dûment documentée pour préparer les contrôles fiscaux qui interviendront dans les prochaines années.
(LPF, art. L. 13 D et L. 13 E)
Ne pas interrompre l’activité ni bloquer les paiements ; identifier et documenter la difficulté ; se rapprocher de l’éditeur, du prestataire ou de la plateforme ; recourir le cas échéant à des modalités transitoires traçables, puis régulariser.
Il convient de distinguer les incidents relevant de votre propre écosystème (éditeur, logiciel, plateforme) de ceux affectant un outil mis à disposition par l’État (annuaire, concentrateur, système d’échange).
(Guide pratique de démarrage, DGFiP)
Oui. Même non redevable de la TVA, vous devrez pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026 et en émettre à compter du 1er septembre 2027 pour vos opérations B2B.
Vos factures doivent porter la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI », qui devient « TVA non applicable, article L. 223-3 du CIBS » à compter du 1er janvier 2027 ; les mentions faisant référence au code général des impôts restent toutefois admises jusqu'au 30 juin 2028.
(CGI, art. 293 B ; CIBS, art. L. 223-3 ; ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026)
L’obligation de facturation électronique vise les assujettis à la TVA établis en France. Une entreprise étrangère non établie n’émet ni ne reçoit de facture électronique au sens du dispositif, mais peut être tenue à un e-reporting de transaction et, le cas échéant, de paiement, pour ses opérations réputées situées en France dont elle est redevable.
(CGI, art. 289 bis et 290)
Les ventes aux particuliers (B2C) et les opérations avec des entreprises étrangères n’entrent pas dans la facturation électronique B2B domestique, mais leurs données doivent être transmises via l’e-reporting (commerce de détail, restauration, e-commerce, consultants avec clients étrangers…), de façon périodique selon votre régime de TVA.
(CGI, art. 290)
Certaines opérations exonérées de TVA ne sont pas concernées par la facturation électronique (notamment santé, enseignement, ainsi que certaines opérations bancaires, financières et immobilières) : dans ce cas, aucune obligation de facturation électronique ni de déclaration.
(CGI, art. 261 et suivants)
Les factures adressées aux administrations (B2G) sont déjà dématérialisées via le portail Chorus Pro. La réforme vise les échanges entre entreprises (B2B) et s’articule avec le dispositif public existant.
(DGFiP)
Oui : dès lors qu’il s’agit de factures, tous les types (acomptes, avoirs, autofacturation…) entrent dans le champ et devront suivre le circuit électronique.
(CGI, art. 289 bis)
Non. La facture doit être émise, transmise et reçue dans un format structuré exploitable automatiquement.
Trois formats sont admis : Factur-X (un PDF lisible enrichi de données XML), UBL et CII ; Factur-X est souvent le plus adapté aux petites structures car il reste lisible par l’œil humain.
(Norme AFNOR XP Z12-012)
À compter du 1er septembre 2026 s’ajoutent : le numéro SIREN du client ; la catégorie de l’opération (livraison de biens, prestation de services ou opération mixte) ; la mention de l’option pour le paiement de la TVA d’après les débits, le cas échéant ; et l’adresse de livraison du bien si elle diffère de l’adresse de facturation.
(CGI, annexe II, art. 242 nonies A)
Une facture électronique a un cycle de vie jalonné de statuts transmis par les plateformes ; certains sont obligatoires (déposée, rejetée, refusée, encaissée).
Ce suivi donne une visibilité sur l’avancement et le paiement des factures.
(Normes AFNOR XP Z12-012 et XP Z12-014)
Le recours à une plateforme agréée est obligatoire pour émettre et recevoir vos factures électroniques : il s’agit d’une plateforme privée immatriculée par la DGFiP, chargée de convertir vos factures au bon format, de les acheminer et de transmettre les données requises à l’administration.
(CGI, art. 289 bis ; DGFiP)
Non : l’offre gratuite de facturation du PPF a été abandonnée. Le PPF n’est plus une plateforme d’échange ; il joue le rôle d’annuaire central (identification des destinataires) et de concentrateur de données. Toute entreprise devra donc choisir une plateforme agréée, le plus souvent payante.
(DGFiP ; loi de finances pour 2026)
Son immatriculation officielle en tant que plateforme agréée ; sa compatibilité avec votre logiciel de facturation ou de comptabilité ; sa gestion des formats (Factur-X, UBL, CII) et de l’e-reporting ; le coût, le support et l’accompagnement proposés (modalités et conditions d’archivage).
Le routage s’appuie sur un annuaire central reposant sur vos identifiants (SIREN/SIRET) : il est essentiel de fiabiliser ces données et de les tenir à jour auprès de votre plateforme.
Pour les prestations de services, les données de paiement (encaissement) doivent être transmises car elles déterminent l’exigibilité de la TVA ; ce flux, distinct de la facture, est également géré par votre plateforme.
(CGI, art. 290 ; CGI, art. 269)
Entre entreprises assujetties à la TVA établies en France, une facture papier ou un PDF non structuré n’est plus conforme une fois l’obligation en vigueur : il convient d’inviter le fournisseur à basculer sur le circuit électronique via une plateforme agréée.
(CGI, art. 289 bis ; Guide pratique de démarrage, DGFiP)
La facture doit être conservée 10 ans ; l’archivage doit garantir l’authenticité de l’origine, l’intégrité du contenu et la lisibilité du document.
La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 (art. 36) a porté de six à dix ans le délai fiscal de conservation prévu à l’article L. 102 B du LPF, l’alignant sur l’obligation commerciale de dix ans. Il s’applique aux documents dont le délai de conservation expire après le 1er janvier 2027. La non-conservation ou la destruction prématurée de ces documents est passible d’une amende de 10 000 €.
(Code de commerce, art. L. 123-22 ; LPF, art. L. 102 B ; loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, art. 36 ; CGI, art. 1734)
Les modalités de conservation des factures doivent impérativement être vérifiées avec la plateforme agréée.
Les amendes pour non-respect de la facturation électronique ont été relevées par la loi de finances pour 2026 : 50 € par facture non émise sous forme électronique et 500 € par transmission d’e-reporting manquante, dans la limite d’un plafond annuel de 15 000 € chacune. Le défaut de recours à une plateforme agréée en réception est sanctionné après une mise en demeure restée sans effet pendant trois mois : amende de 500 €, portée à 1 000 € par période de trois mois en cas de persistance, sans plafond identifié. (Loi n° 2026-103 du 19 février 2026, art. 123 ; CGI, art. 1737 et 1788 D)
(Loi de finances pour 2026 ; CGI, art. 1737 et 1788 D)
Oui. Les plateformes agréées sont soumises à des exigences de cybersécurité présentées comme les plus élevées d’Europe, rappelées par le ministre de l’Action et des Comptes publics lors d’une réunion à Bercy le 26 août 2026 : remise à l’administration d’un point de suivi avant fin septembre 2026, signalement sans délai de tout incident et généralisation des tests d’intrusion dès l’automne.
Une plateforme qui ne ferait pas la preuve, en continu, de son niveau de sécurité verrait ses opérations suspendues. En pratique, intégrez la cybersécurité (certifications, localisation des données, notification des incidents) et la réversibilité parmi vos critères de choix et dans votre contrat de plateforme.
(Communiqué de presse n° 980 du 1er septembre 2026)
Vous. Le recours à une plateforme agréée ne transfère pas l’obligation d’archivage : l’entreprise reste responsable de la conservation de ses factures pendant dix ans, dans des conditions garantissant l’authenticité de leur origine, l’intégrité de leur contenu et leur lisibilité.
Vérifiez si votre plateforme propose un archivage à valeur probante, ce que couvre précisément le contrat (factures émises et reçues, statuts de cycle de vie) et les conditions de restitution des données en fin de contrat.
Pendant la phase de démarrage, l’archivage doit couvrir aussi bien les flux de factures électroniques que de factures reçues par des canaux transitoires (en format PDF ou papier) et leurs régularisations, afin de préserver une piste d’audit fiable et complète.
(CGI, art. 289, VII ; LPF, art. L. 102 B)
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